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Mimizan-plage le courant et l'océan

  • Environnement
Le 29 novembre 2018

Chargé de suivre l’érosion et la submersion sur l’ensemble du territoire aquitain, l’Observatoire de la Côte Aquitaine est porté par deux opérateurs que sont le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et l’Office national des forêts (ONF). Il est financé par l’Europe, l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, les départements de la Gironde, des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon (SIBA). Un travail en étroite collaboration est mené avec le GIP Littoral Aquitain et les universités de Bordeaux, de Pau et des Pays de l’Adour ainsi que le Centre de la mer de Biarritz.


ENTRETIEN AVEC BERTRAND DUPORT,
TECHNICIEN DE L’OFFICE NATIONAL DES FORÊTS
ET MEMBRE DE L’OBSERVATOIRE DU LITTORAL AQUITAIN

Qu’ est-ce que le recul du trait de côte ?
L’érosion du littoral est un phénomène naturel provoqué entre autre par le réchauffement naturel de notre planète et accéléré par les activités humaines. La côte aquitaine n’y échappe pas. Elle se distingue des autres littoraux français par son massif dunaire long de 230 km qui est quasiment rectiligne et pour l’essentiel non urbanisé. Notre littoral dans sa partie sableuse est formé d’un système, composé d’avant-côtes, plages et dunes qui sont interdépendants avec des échanges de sable constants. Les transits sédimentaires y sont importants, animés par la dérive littorale (courant nord - sud) et les houles saisonnières. Les plages subissent ainsi des variations morphologiques avec des phases d’érosion (sable vers le large) principalement l’hiver et des phases d’accrétion (sable vers la dune) principalement l’été. La combinaison de ces échanges entraîne une grande mobilité des corps sableux sur le littoral. A ces phénomènes naturels s’ajoute aussi, dans les zones urbanisées (10% du littoral aquitain), l’impact des activités humaines - ramassage mécanique des déchets sur la plage - piétinements - ouvrages de défense non absorbeurs d’énergie. L’évolution constatée est celle d’un déficit de sédiments côtiers, une perte plus importante de sable vers l’océan et qui engendre une érosion à l’échelle de l’ensemble de la côte sableuse. Ce phénomène d’érosion se traduit par un recul du trait de côte plus ou moins localisé et plus généralisé lors des épisodes de fortes tempêtes comme lors de l’hiver 2013-2014. Il existe plusieurs définitions du trait de côte, toutefois, l’Observatoire de la Côte Aquitaine retient les critères géomorphologiques qui déterminent la séparation entre la dune et la plage. C’est donc cette limite physique bien identifiable en limite de végétation ou pied de falaise selon le profil de haut de plage.

Quel est le rôle de l’Observatoire de la Côte Aquitaine ?
Afin de mettre en place des stratégies de gestion de cette érosion de la côte sableuse, il était nécessaire de disposer d’informations précises et d’instaurer un dispositif de suivi de ces phénomènes. C’est pourquoi l’Observatoire de la Côte Aquitaine réalise des protocoles de mesures sur l’ensemble du linéaire côtier. Elles sont recueillies en combinant des levés de terrain de haute précision (GPS, LiDAR) avec des moyens de mesure par drone, aéroportés ou par des capteurs satellites. Un réseau de bornes géo-référencées du nord au sud du littoral aquitain permet de faire un relevé annuel du profil plage-dune et du trait de côte. Des mesures et observations sont effectués après chaque tempête. Des modèles hydrodynamiques sont également utilisés pour caractériser l’action des vagues et des courants sur l’érosion ou la submersion marine. Les dernières mesures réalisées par l’Observatoire mettent en évidence un recul moyen de l’ordre de 2,5 mètres par an en Gironde et de 1,7 mètre par an dans les Landes. En se projetant à l’horizon de 2025 et 2050 l’estimation est un recul moyen de respectivement 20 et 50 mètres. Face à ce risque d’érosion côtière le GIP Littoral Aquitain qui rassemble les services de l’État, des associations et les élus du littoral, a élaboré une stratégie régionale qui propose différents modes de gestion en fonction des enjeux et des taux d’érosion. Cette stratégie est déclinée sur les territoires et distingue l’accompagnement des processus naturels, une lutte active dite « souple » ou une plus dure avec des ouvrages de défense. Il peut être aussi envisagé à moyen terme une délocalisation des activités ou des biens menacés. L’Observatoire de la Côte Aquitaine met au service des acteurs du littoral un outilscientifique et technique d’aide à la décision, à la gestion et à la prévention des risques côtiers. Les décisions et les stratégies retenues le sont par les élus au sein du GIP Littoral Aquitain.

Quelle est la situation sur le secteur de Mimizan ?
Si l’on compare la situation de Mimizan par rapport au reste du littoral aquitain, l’on se trouve dans une situation de relatif confort. D’autres stations balnéaires sont plus exposées. Déjà, l’érosion côtière est moins prononcée dans les Landes qu’en Gironde. De Mimizan à Seignosse nous sommes dans un secteur d’équilibre dans les échanges sédimentaires. À l’inverse, on observe des secteurs de crise majeurs où les sédiments ne reviennent plus du tout ou en insuffisance comme Soulac-sur-Mer, Lacanau, La Teste, Biscarrosse. Certains sont réalimentés artificiellement comme Lacanau, Biscarrosse, Capbreton... À Mimizan, le stock de sédiments et notamment le sable qui s’accumule au nord de l’embouchure du Courant est une vraie bénédiction. Il permet de réalimenter plage et dune. Pour l’instant les échanges sédimentaires sont suffisants. Une incertitude demeure sur des épisodes exceptionnels comme les tempêtes de l’hiver 2013-2014 avec un point faible à surveiller côté sud (1 ou 2 habitations pourraient se trouver en danger). Il suffit pour l’instant de recharger en sable suite aux épisodes climatiques défavorables. L’aléa le plus préoccupant est celui des risques de submersion notamment sur le secteur du Courant de la limite des digues de protection aux prés salés. Aujourd’hui, ces principaux risques sont pris en compte au sein du Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) en vigueur à Mimizan et qui s’impose aux règles d’urbanisme. La communauté de communes a défini et retenu une stratégie locale de gestion du trait de côte qui elle aussi intègre les aléas naturels et les enjeux sur la station balnéaire.